Victime d'accident : assistance aux victimes d'accident

Un blog pour les victimes d'accidents corporels

En vertu de la loi Badinter, l’indemnisation du conducteur responsable est limitée ou exclue. Rendre obligatoire l’assurance « garantie du conducteur » réglerait le cas des accidents sans tiers, estime AXA. Au prix toutefois d’une hausse de prime de 4,5 % pour les quatre-roues et de plus 35 % pour les deux-roues.

Le conducteur responsable d’un accident de la route est « le grand oublié de l’indemnisation du dommage corporel ». Ce leitmotiv, les assureurs le défendent depuis plusieurs années déjà, rappelant au passage qu’en France, 38 % des accidents se produisent sans tiers en cause - c’est le triste exemple de la voiture dans le platane. Pour certains, à commencer par AXA, il existe pourtant une solution toute trouvée pour combler ce trou de couverture : rendre obligatoire la couverture individuelle du conducteur. Cette garantie, facultative, est actuellement présente dans plus de 80 % des contrats auto et dans près de 50 % des contrats deux-roues.

L’assureur a fait ses calculs. Si une garantie du conducteur à 1 million d’euros devenait obligatoire, cela se traduirait par une surprime de 24 euros TTC pour les quatre-roues, soit une hausse de près de 4,5 % rapportée à la prime moyenne de 450 euros HT (550 euros TTC). Pour mémoire, les tarifs auto sont à nouveau orientés à la hausse, après plusieurs années de baisse.

L’équation se révèle plus compliquée pour les deux-roues. Les détenteurs de scooter et moto sont à la fois ceux qui souscrivent le moins à la garantie du conducteur et ceux dont la propension à avoir un accident sans tiers responsable est la plus élevée. Traduction en chiffres : rendre cette garantie obligatoire induirait une surprime de 111 euros TTC, selon AXA, à rapporter à une prime moyenne de 245 euros HT (300 euros TTC). « Ce serait économiquement calamiteux », dénonce le Gema, qui fédère les plus grosses mutuelles d’assurances. « Assurer les deux-roues pour leurs dommages corporels représente un risque élevé, mais nous sommes prêts à le faire », rétorque Jacques de Peretti, directeur général d’AXA Particuliers Professionnels.

« Pas d’autre solution »

Pour l’assureur, qui assure en France plus de 4 millions de voitures de particuliers et 400.000 motos, « la loi Lefrand est une des rares opportunités, depuis la loi Badinter, permettant de faire évoluer l’indemnisation des dommages corporels ». Ce texte, qui présente plusieurs avancées en la matière - barème médical et table de capitalisation uniques, nomenclature de préjudices -a été récemment adopté à l’unanimité par les députés (« Les Echos » du 16 février). Il devrait être examiné au Sénat au printemps. « En l’état, il laisse toutefois en suspens deux questions : le référentiel indemnitaire, qui permettrait d’attribuer un montant harmonisé et équitable d’indemnisation pour les préjudices extrapatrimoniaux ; et l’indemnisation du conducteur responsable », déplore Jacques de Peretti. La position d’AXA est, sur le fond, partagée par la Fédération des sociétés d’assurances (FFSA). « Pour répondre à la demande sociétale d’indemnisation de toutes les victimes d’accident de la circulation, il n’y a pas d’autre solution que de généraliser la garantie individuelle du conducteur. Et, tôt ou tard, cette généralisation devra passer par la loi », explique Jean Pechinot, de la FFSA. L’idée serait alors de s’inspirer du mécanisme en vigueur pour les garanties tempête et catastrophe naturelle, et d’intégrer un socle minimal - à définir -de garantie du conducteur dans le contrat de toute personne qui aurait souscrit la responsabilité civile auto obligatoire. Si cette approche ne fait pas débat chez les adhérents de la FFSA, « les modalités ne sont pas tranchées » et l’idée d’aborder le problème d’abord via des engagements professionnels n’est pas exclue. Une chose est sûre, ce sera l’un des gros sujets à l’agenda 2010 des assureurs.

GERALDINE VIAL, Les Echos
L’indemnisation des accidents de la route
La loi Badinter du 5 juillet 1985 a grandement amélioré le sort des accidentés de la route, tout en distinguant deux catégories de victimes : les victimes privilégiées (piétons, cyclistes, passagers transportés), qui sont automatiquement indemnisées, sauf si elles ont commis une faute inexcusable à l’origine de l’accident ; et les conducteurs de véhicules à moteur, dont la simple faute limite ou exclut l’indemnisation de leur préjudice.
Le conducteur peut être blessé lors d’un accident dont il porte l’entière responsabilité ou pour lequel personne n’est responsable. L’assurance « garantie du conducteur » lui permet alors d’être indemnisé (frais médicaux, préjudice financier lié à l’arrêt de travail, l’incapacité permanente ou le décès…). Ces contrats ne sont pas harmonisés.
Un projet inspiré du rapport Catala, évoqué lors de l’examen de la loi Lefrand, propose de ne plus imputer la faute simple au conducteur, mais la seule faute inexcusable. Aujourd’hui, le conducteur qui grille un feu rouge et heurte à un carrefour un autre véhicule qui passait au vert n’est pas indemnisé. Le rapport Catala prévoit qu’il soit indemnisé par l’assureur du véhicule qui passait au vert. Une proposition jugée moralement et économiquement « inacceptable » par les assureurs, d’autant qu’elle ne réglerait pas le problème des accidents sans tiers.

Comment évaluer le préjudice d’un handicapé après un accident de la route ?

Qui fait débat dans l’entourage de Farida… Cela fait désormais dix ans qu’elle s’occupe de son fils 24 heures sur 24. Le nourrir, le changer, le baigner, le porter… Avec Reda, il faut tout faire comme avec un bébé, mais un bébé de 29 ans et 82 kilos. Tétraplégique, il est handicapé à 95% depuis qu’il a été renversé par un chauffard à l’âge de treize ans. Il nécessite une présence en permanence. Sa mère a décidé de quitter son travail pour s’occuper de lui, après le départ du père.

L’assurance lui verse, pour s’occuper de Reda, 4300 euros par mois. Cela peut paraître élevé, or si l’on compare avec le salaire d’un travail 24 heures sur 24, cela représente à peine… 6 euros de l’heure. Aujourd’hui, Farida souffre d’une hernie discale, et de tendinites aux deux coudes. Elle souhaite donc faire appel à une aide extérieure. Mais pour ça, il faudrait qu’elle touche au moins trois fois plus, près de 20 euros de l’heure.

Actuellement, avec cette rente, la mère et le fils mangent, paient leurs charges, sortent, vont parfois au cinéma, partent en vacances, dans des endroits adaptés, donc plus onéreux. Vivent, tout simplement.

A cela s’ajoutent les dépenses non prises en charge par l’assurance, comme le fauteuil de Reda. 27 000 euros qui n’ont pas été pris en charge au motif que le jeune homme aurait dû se contenter d’un fauteuil manuel. « Impossible », répond sa mère qui a dû souscrire un crédit. « Reda manque de tonus et ne tient pas assis. Dans un fauteuil classique, il s’écroule. »

Pour le nouvel avocat de la famille, les 560 000 euros d’indemnités perçus il y a dix ans, même assortis d’une rente mensuelle sont insuffisants. Il estime que Reda aurait été floué et entend bien faire rouvrir le dossier. Spécialisé dans l’indemnisation des victimes de dommages corporels, il se dit indigné. Pour lui, « ce dossier illustre vraiment le comportement de certains assureurs qui devraient avoir l’humilité de celui qui doit, et qui au contraire ont l’arrogance de celui qui paye ».

S’il est vrai qu’aujourd’hui les victimes sont mieux indemnisées qu’il y a dix ans, il n’y a pas lieu, estime la MAAF, de faire de nouvelle estimation. Pour l’assurance du tiers, la somme a été transigée, et depuis, il y a prescription.

La seule chose qui ferait rouvrir le dossier serait une aggravation de l’état de santé de Reda. Or, il nécessite déjà une présence à ses côtés 24 heures sur 24, on voit mal comment cela pourrait augmenter…

Sans révision de la rente, pas de tierce personne pour aider Farida. Et si Reda a pu passer ses journées dans un institut jusqu’à ses 20 ans, la seule solution désormais serait une place en maison d’accueil spécialisée… Cela fait déjà neuf ans que la famille est sur liste d’attente.

Source : France 3