Comment évaluer le préjudice d’un handicapé après un accident de la route ?

Qui fait débat dans l’entourage de Farida… Cela fait désormais dix ans qu’elle s’occupe de son fils 24 heures sur 24. Le nourrir, le changer, le baigner, le porter… Avec Reda, il faut tout faire comme avec un bébé, mais un bébé de 29 ans et 82 kilos. Tétraplégique, il est handicapé à 95% depuis qu’il a été renversé par un chauffard à l’âge de treize ans. Il nécessite une présence en permanence. Sa mère a décidé de quitter son travail pour s’occuper de lui, après le départ du père.

L’assurance lui verse, pour s’occuper de Reda, 4300 euros par mois. Cela peut paraître élevé, or si l’on compare avec le salaire d’un travail 24 heures sur 24, cela représente à peine… 6 euros de l’heure. Aujourd’hui, Farida souffre d’une hernie discale, et de tendinites aux deux coudes. Elle souhaite donc faire appel à une aide extérieure. Mais pour ça, il faudrait qu’elle touche au moins trois fois plus, près de 20 euros de l’heure.

Actuellement, avec cette rente, la mère et le fils mangent, paient leurs charges, sortent, vont parfois au cinéma, partent en vacances, dans des endroits adaptés, donc plus onéreux. Vivent, tout simplement.

A cela s’ajoutent les dépenses non prises en charge par l’assurance, comme le fauteuil de Reda. 27 000 euros qui n’ont pas été pris en charge au motif que le jeune homme aurait dû se contenter d’un fauteuil manuel. « Impossible », répond sa mère qui a dû souscrire un crédit. « Reda manque de tonus et ne tient pas assis. Dans un fauteuil classique, il s’écroule. »

Pour le nouvel avocat de la famille, les 560 000 euros d’indemnités perçus il y a dix ans, même assortis d’une rente mensuelle sont insuffisants. Il estime que Reda aurait été floué et entend bien faire rouvrir le dossier. Spécialisé dans l’indemnisation des victimes de dommages corporels, il se dit indigné. Pour lui, « ce dossier illustre vraiment le comportement de certains assureurs qui devraient avoir l’humilité de celui qui doit, et qui au contraire ont l’arrogance de celui qui paye ».

S’il est vrai qu’aujourd’hui les victimes sont mieux indemnisées qu’il y a dix ans, il n’y a pas lieu, estime la MAAF, de faire de nouvelle estimation. Pour l’assurance du tiers, la somme a été transigée, et depuis, il y a prescription.

La seule chose qui ferait rouvrir le dossier serait une aggravation de l’état de santé de Reda. Or, il nécessite déjà une présence à ses côtés 24 heures sur 24, on voit mal comment cela pourrait augmenter…

Sans révision de la rente, pas de tierce personne pour aider Farida. Et si Reda a pu passer ses journées dans un institut jusqu’à ses 20 ans, la seule solution désormais serait une place en maison d’accueil spécialisée… Cela fait déjà neuf ans que la famille est sur liste d’attente.

Source : France 3